Perspectives d’une guerre israélienne contre la bande de Gaza
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- Published on dimanche 19 février 2012 15:18
PNN / Al-Zaytouna Center for Studies and Consultations
Le Centre de recherche libanais Al-Zaytouna vient de publier un rapport consacré aux perspectives d'une guerre israélienne contre la bande de Gaza. Malgré l'escalade médiatique entre la résistance palestinienne et Israël ainsi que les attaques israéliennes régulières contre la bande de Gaza, l'étude indique qu'une guerre imminente est peu probable.
Les facteurs internes susceptibles de déclencher une guerre israélienne contre la bande de Gaza ou d'inciter la résistance palestinienne à mettre fin au statu quo demeurent en effet limités. De leur côté, les changements intervenus dans le monde arabe limitent également la possibilité d'une attaque israélienne. Enfin, la résistance palestinienne a grand besoin de calme si elle veut reconstituer sa force militaire et politique et rééquilibrer les jeux de pouvoir en sa faveur. Selon le centre de recherche libanais, il est par conséquent vraisemblable que les deux parties maintiennent le statu quo, Israël se limitant à des attaques de faible envergure contre la bande de Gaza et la résistance islamique procédant à des représailles circonscrites.
Côté israélien
Malgré les déclarations des leaders et médias israéliens, une nouvelle guerre dans la bande de Gaza est peu probable dans un avenir proche. Bien que le 16 janvier dernier, le Jerusalem Post ait mentionné que « l'Etat-major israélien a ordonné au commandement sud de se préparer à une possible opération de grande envergure dans la bande de Gaza dans les mois à venir », en réalité le calme relatif sur ce front ainsi qu'un environnement national, arabe et international peu propice à la guerre sont susceptibles de neutraliser toute montée éventuelle des tensions.
Surenchère médiatique
Peu avant le troisième anniversaire de l'opération « Plomb durci », une nouvelle vague de déclarations belliqueuses israéliennes s'est abattue contre la bande de Gaza. Le 5 décembre 2011, le commandant général Yoav Gallant, aujourd'hui retraité, a déclaré : « à la fin, nous devrons y aller [dans la bande de Gaza] au bulldozer ». Pour sa part, le chef d'Etat-major Benny Gantz a déclaré que « tôt ou tard, une autre guerre à Gaza sera lancée, et elle sera "rapide et douloureuse". »
La multiplication des déclarations belliqueuses et des provocations israéliennes a fait monter la tension, entraînant une augmentation des actes de représailles depuis la bande de Gaza. Un rapport publié par l'Agence de sécurité israélienne a ainsi indiqué que trente opérations militaires avaient été lancées depuis la bande de Gaza en décembre 2011, par rapport à onze en novembre de la même année. Ceci a de fait relancé l'idée d'une guerre israélienne contre la bande de Gaza.
Parmi les raisons qui pourraient justifier le lancement par Israël d'une guerre contre la bande de Gaza, le rapport Al-Zaytouna indique le malaise des dirigeants israéliens face au contrôle continu du Hamas sur la bande de Gaza, l'accumulation d'armes par le Hamas et les autres factions palestiniennes, ainsi que le lancement incessant de roquettes depuis la bande de Gaza, qui menace la sécurité de millions d'Israéliens et empêche le développement d'une vie économique stable.
A l'inverse, le rapport explique que l'interruption du processus de paix suite au refus israélien de mettre un terme à la construction de colonies, en affaiblissant les relations de Tel-Aviv avec l'AP et en menant à son isolation sur la scène internationale, pourrait conduire Israël à la recherche du statu quo. Le déclenchement d'une guerre exacerberait cette isolation, d'où l'intérêt d'Israël à faire avancer le processus de paix et ramener Mahmoud Abbas à la table des négociations.
Par ailleurs, le renversement du gouvernement du Hamas dans la bande Gaza et le consécutif transfert du pouvoir à l'Autorité palestinienne à Ramallah n'est pas désirable pour Israël à l'heure actuelle. En effet, Tel-Aviv profite du schisme palestinien, cherchant même à saper la réconciliation afin d'imposer ses conditions à la partie palestinienne et prétendre qu'il n'y a pas de front unifié pour représenter les Palestiniens.
Une troisième raison au statu-quo évoquée par le rapport d'Al-Zaytouna est l'absence actuelle de menace réelle ainsi que le calme prévalant à Gaza depuis l'opération « Plomb durci ». En témoigne le nombre de lancements de roquettes et de tirs de mortiers effectués depuis la bande de Gaza : 680 en 2011 d'après Israël, par rapport à 3720 en 2008 avant l'opération Plomb durci et malgré une trêve de six mois adoptée cette année-là. Depuis la fin de la trêve, entre 50 et 70 roquettes sont lancées chaque jour.
Une quatrième raison est la persistance du blocus de la bande de Gaza et les tentatives avortées de le briser, Israël maintenant les restrictions terriennes et maritimes et l'Egypte contrôlant le passage de Rafah. De même, le succès relatif remporté par le bouclier anti-missile israélien – l'armée israélienne reportant un taux de réussite de 75% pendant la période de tensions de fin 2011 – contribuerait au maintien du calme.
Au niveau régional, les changements de régime intervenus dans certains pays arabes, à commencer par l'Egypte, réduisent également les possibilités d'une guerre. Une attaque israélienne pourrait en effet inciter les courants islamiques à unifier leurs efforts pour servir la cause palestinienne et supporter les mouvements de résistance, en particulier le Hamas – un développement qu'Israël redoute particulièrement.
Enfin, l'environnement international n'est pas non plus propice à la guerre, l'administration américaine étant occupée à ré-agencer ses priorités dans la région suite, notamment, au retrait de ses troupes d'Iraq. Les Etats-Unis sont en outre accaparés par la préparation des élections présidentielles et la résolution de la crise économique.
Côté palestinien
Après l'opération « Plomb durci », la plupart des factions palestiniennes se sont engagées à maintenir le calme avec Israël. Malgré son contrôle sur la bande de Gaza, le Hamas n'a pas voulu, ou n'a peut-être pas pu, empêcher certaines factions à venger les assassinats israéliens. Il est clair que certains groupes ne peuvent pas être contrôlés et que leurs actions sont susceptibles de mener à une escalade militaire.
Or le calme qui réside actuellement dans la bande de Gaza permet aux factions militaires, le Hamas en tête, de renforcer leurs capacités et se concentrer plutôt sur la rupture du blocus et la reconstruction du territoire. Le peuple et la résistance gazaouïs ne souhaitent pas d'une guerre dont ils payeraient le prix sans obtenir de résultats tangibles sur le terrain.
Il apparaît donc que la partie palestinienne – en particulier le Hamas qui est directement impliqué dans l'administration de la bande de Gaza et dont la capacité militaire est essentiellement défensive – n'est pas désireuse de se lancer dans une guerre qui semblerait, à l'heure actuelle, causer plus de mal que de bien.
Possible scénario
Sur ces constatations, l'étude d'Al-Zaytouna conclue qu'il est peu probable que dans un avenir proche Israël lance une guerre totale sur la bande de Gaza ou réoccupe une partie du territoire gazaouï. Une telle entreprise serait vraisemblablement en contradiction avec d'autres considérations politiques et tactiques, sans parler de l'absence d'une environnement propice à la guerre aux niveaux national, régional et international. Par conséquent, le scénario le plus probable est qu'Israël se contente d'attaques circonscrites sur la bande de Gaza tout en cherchant à réduire l'impact des missiles sur les colonies et les villes à travers le système défensif « Dôme d'acier ».
Traduction EF

