Pourquoi cet intérêt soudain envers l’accord de Doha ?
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- Published on jeudi 16 février 2012 14:36
Par Daoud Kuttab
Après des mois d'hibernation, le conflit israélo-palestinien semble récemment revenir sur le devant de la scène. Malgré la volatilité de la situation en Syrie et en Egypte, l'accord conclu dernièrement dans la capitale qatarie a reçu une attention médiatique considérable. Il semble également avoir touché un certain nombre de cordes politiques sensibles, spécialement au sein du Hamas à Gaza.
Bien que l'accord de Doha ne soit pas le premier affichage public de réconciliation entre les leaders des factions palestiniennes, beaucoup se sont dit que cette fois-ci était la bonne. Pourquoi?
D'abord, l'accord de Doha a résolu une question essentielle qui hante depuis des mois les deux parties, à savoir : qui sera le Premier ministre par intérim jusqu'aux prochaines élections ? Précédemment, le président palestinien Mahmoud Abbas et son parti le Fatah avaient insisté sur le besoin de maintenir Salam Fayyad comme Premier ministre afin de ne pas irriter les pays occidentaux ou Israël. Le refus du Hamas sur ce point était catégorique et les discussions dans l'impasse.
Si Hamas refusait Fayyad, qui n'est pas un membre du Fatah, pourquoi a-t-il accepté Abbas, qui en est le leader ? En outre, pourquoi Abbas lui-même a-t-il accepté de devenir le chef du gouvernement provisoire alors que, selon des sources, il aurait refusé l'offre par le passé ?
Abbas avait annoncé il y a plusieurs mois qu'il n'avait pas l'intention de se présenter aux prochaines élections présidentielles. A l'époque, peu l'ont pris au sérieux, mais force est de constater qu'il a maintenu cette position avec détermination. Or à Doha, il a finit par accepter d'ajouter à sa casquette de président de l'Autorité palestinienne (AP) celle de Premier ministre du gouvernement provisoire non-partisan sensé superviser les élections. Bien qu'il soit le chef de leurs opposants, les leaders du Hamas savent que c'était sous Abbas que les dernières élections pour le Conseil législatif palestinien en 2006 s'étaient déroulées. Remportées par le Hamas, elles avaient été considérées par tous comme libres et régulières.
Mais si la garantie d'élections justes cet été a son importance, d'autres questions ont contribué à sceller le récent accord : l'argent.
Même si l'accord entre Abbas et le leader du Hamas, Khaled Mechaal, n'incluait aucune discussion sur les aspects financiers, la plupart des observateurs sont convaincus que l'argent du Qatar a contribué largement à sa conclusion. Hamas, en raison de sa prise de distance du gouvernement de Bashar al-Assad suite aux violences perpétrées à l'encontre des militants des Frères musulmans en Syrie, a perdu le soutien financier d'un allier essentiel de cette dernière, l'Iran. Sans financements iraniens, gouverner la bande de Gaza s'avère une tâche bien plus ardue.
Le financement du gouvernement de Ramallah est lui aussi devenu problématique ces derniers temps. Suite à la décision de la direction palestinienne de solliciter la reconnaissance de la Palestine à l'ONU, les aides des Etats-Unis et d'autres pays occidentaux se sont taries, faisant des capitaux arabes la seule alternative restante. Ce n'est pas une coïncidence si cette semaine au Caire les ministres des Affaires étrangères des pays arabes se sont engagés à verser à l'AP 100 million de dollars par mois pour couvrir le coût des salaires en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Cela dit, il est peu probable que cette somme, ou même une fraction, soit véritablement transférée à l'Autorité palestinienne si la réconciliation n'est pas mise en oeuvre.
Traduction : EF

