 Hiba Lama – Jeudi 2 octobre est la journée internationale de la non-violence, appelée aussi résistance civile. Aujourd’hui, qu’en est-il de ce mouvement en Palestine?
Assez connue en Occident pendant la Première Intifada, les méthodes non-violents restent encore à l’ordre du jour au Moyen-Orient, malgré la rare diffusion de ces actions par les médias, qui préfèrent véhiculer l’image du palestinien-terroriste.
«La non-violence», nous explique l’activiste Sami Awad, directeur de l’ONG Holy Land Trust basée à Bethléem, «est un moyen sérieux de résistance, basée sur une stratégie claire pour parvenir à un objectif commun. Elle se base sur le renforcement de chaque individu de la société, qui doit se rendre compte d’avoir le devoir et la responsabilité de lutter pour sa patrie. Cela ne signifie pas que tout le monde doit combattre avec des armes: il y a plusieurs méthodes de résister à l’occupation, bien plus efficaces du conflit armé».
D’après Adam Roberts, la non-violence «comprend un vaste éventail d’actions contre un pouvoir particulier, une force, une politique ou un régime – d’où le nom de résistance. L’adjectif civil indique l’implication des citoyens ou de la société et des moyens pacifiques, non-militaires et non-violents».
Gene Sharp avait déjà passé en revue les différentes méthodes, reprises aussi en Palestine: manifestations (contre le mur par exemple, à Bil’in ou Nal’in), pétitions, grève, boycotts (des produits israéliens), sit-ins, jusqu’à la reconstruction des maisons détruites par les bulldozers.
Sami Awad ne croit pas que le principe de la non-violence appelle à une sorte de ‘remise’: «La non-violence n’est pas une concession, mais une confrontation directe, active. Résister à l’agresseur, à mon avis, ne donne aucune justification à l’emploi des armes».
Awad estime que la résistance non-violente est actuellement la meilleure stratégie pour le peuple palestinien afin de mettre un terme à l'occupation israélienne: «Je n’affirme pas cela en critiquant la résistance armée et les sacrifices des personnes, mais sur la base d’une étude profonde des forces et des faiblesses de la population palestinienne».
«La non-violence n'est pas un synonyme des négociations, comme pensent beaucoup de monde. Depuis le début de la Deuxième Intifada, l’occupation a réprimé toute résistance non-violente afin que celle-ci ne s’impose pas en Palestine, car elle aurait conduit à la fin des pratiques israéliennes dans les Territoires» a continué Awad.
La résistance non-violente ou résistance civile est présente depuis longtemps dans l’histoire de la Palestine. Sans parler de la résistance contre l’Empire ottoman, en 1936, sous mandat britannique, il y avait déjà eu six mois de grève et de mobilisation générale.
L’analyste politique Saleh Abdel Jawad s’est exprimé ainsi sur un article publié récemment, où il avait abordé la question de la grève et ses effets: «Il est vrai que la grève de 1936 a été l'un des instruments visant à promouvoir la nouvelle identité palestinienne. Mais il est aussi vrai que cette longue grève a affaibli l'économie palestinienne».
En ce qui concerne la Première Intifada, Jawad retient que «à cette période tous les segments de la société palestinienne étaient unis, ils partageaient une vision et un but. Chaque membre de la communauté avait son rôle. Les actions de résistance ne se limitaient pas à la résistance armée, et on ne croyait pas qu’on serait parvenus à la solution du conflit seulement grâce aux négociations».
«Après les protestations pacifiques initiales, efficaces et impressionantes, l’Intifada a perdu son élan. Les manifestations ont laissé la place à la militarization de la lutte, avec la créations des Black Panthers, les Faucons du Fatah, les Red Eagles,…»
D’après Jawad, l’activisme des jeunes est diminué dans la Deuxième Intifada, mais «on observe par contre une augmentation des étrangers dévoués à la cause palestinienne, ce qui est positif. Mais les gens ne devraient pas compter sur les ‘internationaux’, car à la fin la terre pour laquelle ils luttent c’est leur terre, et la lutte c’est leur lutte.» (PNN)
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