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JERUSALEM- Denise Hamouri continue de se battre pour obtenir la
libération de son fils. Salah, elle l’a vu dimanche dernier lors de la visite
de 45 minutes qui a lieu tous les 15 jours. « Il va bien, il garde le
moral » confie t-elle. ‘’La solidarité avec ses huit autres camarades de
cellule permet de tenir le coup plus facilement’’.
Salah, ‘’un prisonnier politique’’
Salah a été arrêté en 2005 pour tentative de complot contre le
rabbin Ovadia Yossef. Cette figure éminente du parti Shass (extrême-droite
religieuse) se distingue régulièrement pour ses déclarations pour le moins
hostiles envers les arabes. En 2001, il n’hésitait pas à déclarer " Il
faut anéantir les Arabes. Il ne faut pas avoir pitié d’eux, il faut leur tirer
dessus avec des super missiles, les anéantir, ces méchants, ces maudits.’’
La notion de complot selon les autorités israéliennes est pour le
moins vague. En effet, Salah est passé avec quelques amis en voiture devant la
maison du rabbin avant de faire demi-tour. Il sera arrêté quelques semaines
plus tard. A la tentative de complot s’ajoutera une accusation d’appartenir d’abord
au FPLP, puis faute de preuves aux jeunesses du FPLP. Cette deuxième accusation
fait de la majorité des étudiants palestiniens des coupables aux yeux d’Israël
selon Denise Hamouri.’’ Ici, la plupart des étudiants palestiniens
appartiennent aux jeunesses de quelque chose.’’
Deux heures après l’arrestation de son fils, les autorités se
rendent au domicile des Hamouri et fouillent la maison de fond en comble. Ils
ne trouveront aucune preuve. ‘’Ils ont bien fouillé. Ils ont rien laissé de
coté mais ils n’ont rien trouvé. Moins ils trouvaient, plus ils s’énervaient. Quand on voit ce dont
il est accusé et ce qu’ils ont amené … ‘’
Des preuves concrètes, les autorités israéliennes n’en ont pas
besoin pour incarcérer les Palestiniens. Souvent, les Israéliens s’appuient sur
des aveux obtenus par des methodes pour le moins contraires au droit
international. Comme le raconte Denise Hamouri, les trois mois d’interrogatoire
après l’arrestation de Salah seront les plus difficiles.
‘’C’est une épreuve difficile. Ils ne dorment pas la nuit. Son père
était un peu malade à l’époque. Ils l’avaient fait venir et disaient à Salah qui
était derrière la vitre : ‘’Voila ton père est là, si tu dis rien, on va
le mettre en cellule et tu sais qu’il est malade’’. Ils utilisent les pressions
psychologiques.’’
Pendant cette période d’isolement, destinée à obtenir des aveux, ‘’ils
ne sont pas au courant du jour et de la nuit.’’. Salah n’avouera pas des faits
qu’il nie avoir commis. Pour lui, ce sera l’incarcération dans l’attente d’un
jugement futur.
Pour sa mère, ‘’On lui reproche avant tout d’être un militant.
C’est un prisonnier politique.’’
L’intervention de Bernard Kouchner
En 2008, Madame Hamouri parvient à rencontrer Bernard Kouchner très
rapidement lors d’une visite du ministre à Jérusalem. ‘’On lui a dit 3 ans en
prison, c’est assez par rapport a ce qui lui est reproché. Lui il a compris, ou
voulu comprendre, qu’il fallait qu’il soit jugé. Moi je demandais qu’il soit libéré. Il
a compris comme il a voulu. Le lendemain, on nous a téléphoné en nous disant
soit vous acceptez un plaider coupable et Salah sera emprisonné 7 ans, soit
vous êtes responsable qu’il soit détenu davantage.’’. Ce compromis sous la contrainte
est accepté par 95% des prisonniers palestiniens. Salah n’avait pas le choix…
‘’Apparemment, d’un coté il y a Gilad Shalit et de l’autre il y a
mon fils. Et les préférences vont d’un coté plutôt que de l’autre.’’
Pour que le combat de la famille Hamouri commence à connaitre une
certaine médiatisation en France, il a fallu que Gilad Shalit soit fait
prisonnier par le Hamas le 25 juin 2006.
‘’Shalit a été arrêté. On en entendait parler partout à la radio.
On disait qu’il était français, qu’il fallait faire quelque chose. Je me suis
dit qu’il n’y pas de raisons que mon fils ait un traitement différend.’’
Les autorités françaises refusent de comparer les deux affaires. Denise Hamouri
est également stupéfaite quand on présente Shalit comme un innocent. ‘’Shalit ce n’est pas un otage, c’est un
prisonnier de guerre. Il représente quand même une armée d’occupation.’’. Elle
a cependant écrit aux parent de Shalit et plaider pour la libération de leurs
enfants respectifs.
Ce traitement différend entre son fils et Shalit révolte Denise
Hamouri. Nicolas Sarkozy n’a toujours pas reçu Denise Hamouri quant il s’est
entretenue a trois reprises avec les parents de Gilad Shalit depuis son
arrestation. ‘’. En septembre dernier, j’avais été invitée à la fête de l’Humanité.
On s’était pris à l’ avance pour obtenir
un rendez-vous avec le président. On nous a dit qu’il n’avait pas le temps.’’.
Alors quand on rappelle la promesse du président d’aller ‘’chercher tous les
otages français, quoi qu’ils aient fait’’, la mère de Salah ne peut s’empêcher
d’en rire.
La position des autorités françaises, cette lettre envoyée par Rama
Yade la résume parfaitement. Pour la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme,
« Salah n’ayant pas présenté d’excuses, le juge militaire l’a donc
condamné à sept ans de prison ». Une attitude qui ne prend pas en
compte les réalités de la justice militaire israélienne. ‘’On avait demandé a
l’avocate si cela aurait changé quelque chose s’il s’était excusé. Elle a dit non. C’est un tribunal militaire. La
France réagit comme si c’était la même justice qu’en France. Toutes les
violations des droits de l’homme par Israël, cela ne les dérange pas. Ce qui
les dérange c’est que Salah ne s’excuse pas.’’
Il en est un autre qui ne semble pas maitriser le dossier à merveille.
Le maire de Paris Bertrand Delanoë a en effet proposé dernièrement de négocier
pour une extradition de Salah vers la France. Cette position exaspère Denise
Hamouri qui estime que la première chose à faire avant de parler d’extradition
est de demander a l’intéressé s’il envisage cette solution. A son arrestation,
les israéliens lui avaient proposé de quitter Israël pour la France afin d’éviter
la prison. ‘’Salah avait refusé, il sait bien que partir c’est sans retour.’’
Cette indifférence relative des autorités se retrouve sur le plan
médiatique. Hormis l’Humanité (qui a offert une tribune toute la semaine dernière à Denise Hamouri), Libération et
plus rarement le Monde évoquent l’histoire de Salah. Pour les grandes chaines
de télévision nationale, c’est le silence radio. Denise Hamouri precise ‘’Quelqu’un a contacté Charles Enderlin pour un
reportage. Il a uniquement répondu qu’il était au courant’’.
Le dernier espoir pour Salah : faire partie de l’échange dans
une libération de Shalit
Pour Salah, comme pour les 11 200 prisonniers palestiniens, la
possible libération de Shalit constitue un immense espoir de libération. Si l’espoir
était grand il y a quelques semaines, il est cependant retombé ces derniers
temps. Denise Hamouri espère quant à elle que Salah fera partie de l’échange
avec Shalit. C’est uniquement sur ce point qu’elle espère une action des
autorités françaises. Salah résident à Jérusalem, il ne rentre pas en compte
dans les libérations classiques de prisonniers. Comme le précise sa mère, ‘’Il
a une carte d’identité de Jérusalem ce qui généralement complique les choses
car quand il y a des décisions de libération de prisonniers entre l’Autorité Palestinienne
et les Israéliens, ils comptent jamais dedans. C’est pour ca que la libération
de Shalit serait la seule possibilité pour Salah. Car pour Shalit, c’est le Hamas
qui décide. Ils vont donner une liste’’. En priorité sur la liste, ce sont des
militants du Hamas qui ont été condamnés à la perpétuité.
Aujourd’hui, Denise Hamouri refuse de placer trop d’espoir dans une
action des autorités françaises. ‘’ Le gouvernement français donne du crédit a
un tribunal militaire. Je ne suis pas révolté car je ne m’attendais pas autre
chose. On savait qu’il était du coté des Israéliens. Mais je vais continuer de
demander au président de faire son travail et de tenir ses promesses. Il a annoncé
qu’il irait chercher les prisonniers. Florence Cassez par exemple, les faits qui
lui sont reprochés sont loin d’être glorieux. Mais dès qu’on est à Israël
attention !
En attendant, Salah a déjà des projets dès qu’il sera libéré :
se rendre en France et particulièrement à la fête de l’humanité. L’occasion
pour lui de remercier en personne le député communiste Jean-Claude Lefort et
tous les autres membres du comité de soutien… (PNN)
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